Français . English


Maison Garder - GPA 2012

Images extraites de notre proposition pour le Grand Prix d'Architecture des Beaux-Arts 2012, 3e Prix "Prix spécial du Jury". Dessins à venir.

Il s’agit ici de garder la spécificité de la maison et la liberté de l’occupation. La maison est le territoire concédant à l’individu qui l’occupe l’exercice de son plus grand pouvoir et la jouissance de sa plus grande liberté.
Garder la maison, c’est poser les éléments d’architecture permettant l’occupation libre et singulière. Garder la maison, c’est librement et singulièrement occuper l’intérieur en mobilisant une architecture définie.
La conception architecturale pour cette maison prend la liberté d’occupation comme principe directeur. Il s’agit alors d’en poser les éléments structurants, de mettre en œuvre des dispositifs appropriables, et de déclencher des formes d’occupation spontanée.

La possibilité d’occupation

Nous suggérons une séquence aboutissant à une proposition pour la maison : l’identification à l’espace, sa délimitation, l’appropriation d’un domaine, son isolement, son accessibilité, et l’occupation. Ce sont ces composantes essentielles qu’il s’agit (au moins) de garder. Le minimum de la maison. La maison correspond au diagramme permettant la pleine jouissance, en principe, de l’autonomie privée de l’individu socialisé.
Nous édifions, dans un premier temps, les bases de ce domaine singulier dans le cadre d’une progression systématique dans le paysage, aboutie par l’occupation de la maison qu’il s’agit de garder.

1. Le territoire identifié – Garder la position
L’identification du territoire se fait par le positionnement et la dénomination. L’introduction d’un repère (le poteau) le rend visible de tous, et présume la détention d’un pouvoir localisé. Ce territoire identifié, suggérant une géographie vaguement définie, ne permet pas de circonscrire son étendue. Lui manque la notion de limite. Il n’est pas délimité.

2. Le territoire délimité – Garder la limite
La délimitation du territoire identifié se fait par la circonscription. La frontière balisée parcourt une boucle fermée, encerclant ainsi le territoire et le distinguant des zones directement adjacentes. Ce vaste territoire circonscrit, dont la limite est localement maîtrisable, n’est que partiellement appréhendable par l’individu. La perception fragmentaire de son ensemble empêche son contrôle. Il n’est pas approprié.

3. Le domaine approprié – Garder la mesure
L’appropriation du territoire délimité se fait par le dimensionnement. La trame marque l’appropriation spatiale de ce domaine par la mesure. Ce domaine délimité approprié ne permet pas la pleine jouissance d’une liberté singulière. Il ne permet pas de contenir, l’espace est diffus. Il n’est pas clos.

4. La cellule condamnée – Garder l’intérieur
La condamnation du domaine approprié se fait par la clôture. L’enceinte hermétique permet la liberté singulière et rend la volonté de contrôle obsolète. Cette cellule, embrassant pleinement l’isolement, n’est plus en contact avec l’extérieur et les autres. Elle ne permet pas l’ouverture. Elle n’est pas accessible.

5. La pièce accessible – Garder l’ouverture
L’accessibilité de la cellule se fait par la négociation d’une ouverture. Le dégagement d’un passage permet le contact avec le monde extérieur. Cette pièce accessible, tout juste ouverte sur le monde, ne permet pas encore l’assimilation de l’autre et l’exercice d’un pouvoir réflexif. Lui manque l’occupation. Elle n’est pas occupée.

Poser les bases de la maison – définir un espace singulier

L’intervention architecturale se confronte de fait à l’environnement dans lequel elle a pour vocation à s’intégrer. En s’érigeant, la maison – définissant un espace propre – écarte d’autres mondes. Celle-ci impose d’abord la monumentalité de son cadre , plongeant le regard vers l’intériorité engendrée. Le cadre pourra dorénavant être mobilisé au sein même de cet espace pour fabriquer l’intériorité.
La boîte renversée se pose sur un socle plein s’appuyant sur le paysage. Cette relation d’enracinement au paysage dénote la stabilité de la demeure qui se démarque ainsi de la cabane. L’entrée dans ce volume surélevé se fait par le gravissement d’un escalier.
L’univers extérieur est à la fois omniprésent et façonné. La grille, parcourant la totalité de la maison-parcelle, définit un rapport de maîtrise au territoire et à l’espace. Le territoire architectural peut dès lors être appréhendé comme un ensemble de relations.
Le volume proposé conserve la proportion dans les trois axes. La neutralité de l’espace défini par une section et un plan carrés est remise en cause par un poteau et un mur . Ces ruptures de l’uniformité et de la symétrie impactent la composition de l’espace, en qualifiant certaines directions.
Le territoire est pensé sans planification autre que la définition de ses limites, la grille, le poteau, et le mur. Le projet mobilise des matériaux bruts semi-finis. Aucun aménagement ne précède l’occupation, maximisant ainsi l’individualité des stratégies associées.
L’architecture ainsi posée est un espace de contrainte et d’opportunité concédant la possibilité de l’occupation singulière : c’est un espace de potentialité.

Occuper l’intérieur – configurer un monde

L’occupation commence par la projection d’un monde propre. La maison peut être vue comme l’occasion pour l’individu de configurer un monde.
Plutôt que de se tenir strictement à un programme déterminé, on se concentre ici sur la diversité des stratégies d’occupation. Il s’agit alors de mettre en évidence le potentiel de l’espace intérieur rendu disponible : l’occupation par l’espace, par l’usage, et par l’engagement.
Occuper par l’espace, c’est générer des rapports de territorialité. La définition de positions et de territoires localisés permet de qualifier l’intérieur par l’espacement. La densification, l’isolation, les discontinuités d’occupation, et l’engagement du corps à l’espace par la mobilisation du cadre mettent en évidence autant de systèmes relationnels qui organisent l’espace. Les dimensions de ce territoire permettent la multiplication des qualités d’intérieurs et soulignent l’ambiguïté de leur rapport à l’extérieur. Le déplacement dans le territoire permet de décliner les points de vue et de dégager de nouvelles perspectives.
Occuper par l’usage, c’est créer et modifier des situations. Une relation avec l’architecture est ici engagée par la nécessité de composer avec les éléments structurels existants et par la construction de dispositifs spatiaux légers. La structure et l’infrastructure doivent maximiser les variantes d’occupation potentielles . Le rapport du corps à l'espace est enrichi dans un processus d'expérimentation autonome de l'habitant : il s’agit d’un projet toujours inachevé, à effacer, à poursuivre, à transgresser, à adapter, à détourner. L’occupation est conçue comme un chantier permanent.
Occuper par l’engagement, c’est habiter un lieu et y projeter son identité. Le cadre fixe favorise l'émergence des individualités et la diversité des postures socialisés. L’isolement , l’invitation et le partage sont autant de formes d’engagement au lieu dénotant la projection de contextes et d’univers propres.
La simultanéité d’actions regroupées au sein d’un même territoire fait tendre vers l’occupation intensive.

Garder la maison – le jeu

La maison, espace de contrainte et d’opportunité, de limitation et de possibilité.
La maison peut être vue comme espace d'expérimentation dans lequel l’habitant cesse d'être un récepteur passif pour devenir un agent. Cette opportunité doit être saisie pour remettre en question l'autorité supposée du concepteur. L’occupation transgressera les intentions d’usages de l’architecture.
Garder la maison, c’est l’appropriation continue du pouvoir individuel par l’engagement libre avec l’espace. Dans cette mesure, l’architecture de la maison ne peut que proposer des modes d’occupation, mais faillira tant qu’elle cherchera à les définir.
La proposition se concentre ici sur l’espace d’expérimentation.
L’espace ainsi défini permettrait un projet sans autre motivation que la continuité du jeu et de la production. Garder la maison, c’est garder intacte la possibilité du jeu autonome dans, avec, et par l’espace, sans toutefois présumer que l’individu socialisé s’y décide.