Français . English


Islands

Le quartier de De Hoven est déterminé dans son contexte par la construction dans les années 1960 de grands ensembles qui dissolvent la rue dans des espaces hors d’échelle. La conséquence de cette configuration est une faible appropriation de l’espace public, un mauvais entretien, une dégradation des rapports sociaux.
En réaction à ces observations, nous pensons que la situation de Capelle-aan-den-IJssel nécessite l’invention d’un système qui permette de définir localement l’imbrication entre espace public et privé. Plutôt que d’intégrer de manière définitive les besoins programmatiques actuels, le projet propose une approche qui permettrait plus de flexibilité dans le temps. Cette stratégie s’articule autour de deux points :
- Un découpage du site en une somme de territoires carrés aux dimensions appréhendable de 25m de côté
- Une implantation ponctuelle des bâtiments en fonction des besoins locaux de ces dits territoires.
En redéfinissant le site comme une somme de régions autonomes, c’est la variété des stratégies d’implantation qui est rendue possible.

A. Une façade fermée
Notre projet pose une première limite sur le site. De l’extérieur, une série de murs aveugles définissent la périphérie du quartier. Ponctuellement, et à espace- ments régulier, ces murs se retournent vers l’intérieur du projet et forment des volumes. L’accès au site se fait par des escaliers et des rampes situées dans les interstices qui séparent ces volumes. Nous proposons de permettre autant d’accès au quartier qu’il y a d’interstices entre les vol- umes périphériques. Ici, on monte le long d’un escalier pour arriver à +4 m.

B. Un niveau de parking
Le niveau 0 du projet est entièrement consacré au parking. On y pénètre par plusieurs entrées discrètes sur la façade extérieure du quartier. Des escaliers relient le niveau du parking au cœur du projet.
Le parking est éclairé zénithalement de manière naturelle. Le parking est le seul élément du programme dont la spatialité est continue sur l’ensemble du site.

C. Un sol à +4 m

Une série de plateformes constitue à la fois le plafond du parking et le sol du projet. Leur épaisseur permettra de contenir la structure des planchers supportés par des piles. Elle sera localement adaptée à la plantation ponctuelle d’arbres. Cette surélévation du niveau de référence rompt avec la continuité du sol environnant. Néanmoins, il ne s’agit pas d’une dalle continue, mais bien d’une multitude de plateformes dissociées.

D. L’unité territoriale : l’île
Le quartier est divisé en 44 îles distinctes. Au sol, elles occupent des régions carrées de 25 m de côté. Elles sont isolées les unes des autres par un vide. Cette limite est soulignée par un mur d’enceinte de 3 m de haut qui dessine une cour. Cette configuration présente plusieurs caracté- ristiques :
- Le mur d’enceinte permet une indépendance vis-à-vis du contexte immédiat
- La cour est son propre contexte. Elle définit une intériorité facilement appropriable, en rapport direct avec le niveau du sol des bâtiments.
- La cour est une forme finie. Les murs se retournent dans les angles et les bâtiments sont placés à une distance mini- mum d’1 m de ces dits murs. Ainsi, l’espace est lisible dans son intégralité.
Par ailleurs, cette disposition produit un effet concret : l’enceinte limite la croissance horizontale du bâti.


E. Les circulations

Là où, dans le schéma urbain classique, les rues fonctionnent à la fois comme circula- tion et comme limite (elles tracent la limite entre espace public et espace privé), dans notre projet elles laissent place à une circulation diffuse contenue dans les îles. Ces dernières fonctionnent alors comme une série de cours.
Ce plan repose sur le confinement des véhicules motorisés au niveau du park- ing. Il transforme le site en une vaste zone piétonne et cyclable. Nous avons choisis de définir le minimum de règles néces- saires pour assurer la cohérence pratique de l’ensemble en termes d’accès :
- L’accès au site se fait par des escaliers et des rampes situé entre les murs d’enceinte.
- Les piles qui soutiennent le plancher et contiennent les réseaux font office de pas- serelles entre les îles.
- Les bâtiments s’implantent librement sur chaque île avec pour seule condition de préserver le passage d’une île à une autre. Ainsi, chaque visiteur ou occupant pourra établir sa propre trajectoire à l’intérieur de chaque unité territoriale.


F. L’intervention architecturale

Le projet s’oppose à une conception unitaire et autoritaire de la planification du bâti. Nous proposons une stratégie d’ensemble qui autorise une importante diversité architecturale. C’est pourquoi nous ne souhaitons pas être les uniques concepteurs mais plutôt permettre aux architectures les plus diverses de cohabiter. Chaque édifice devra exister dans sa singularité et bénéficiera au caractère hétéroclite du fragment urbain que nous imagi- nons. Néanmoins, nous mettons en place quelques principes que nous appliquerions aux bâtiments qui nous seraient commandés et qui ont guidé les hypothèses bâties présentées.
Les bâtiments que nous proposons comprennent de 1 à 5 unités. Ces bâtiments correspondent à un ensemble de 160 unités d’habitation sur un site de 2.2 Hectares. Leur affectation reste pour autant ouverte (habitations, commerces, locaux d’activités, locaux associatifs, services publiques...). Ils contiennent des espaces aux dimensions et aux organisations très variées et définissent des espaces flexibles dont les dimensions autorisent une muta- tion des comportements des occupants. Ces espaces sont distribués horizontalement ou verticalement et occupent des surfaces allant de 40 m2 à 200 m2 en passant par une majorité de duplex et de triplex aux alentours de 80 m2.
Chaque unité de bâti comprend trois qual- ités d’espace :
- une série d’espaces intérieurs de type plan libre,
- un espace extérieur de type loggia qui comprend la plupart du temps les circulations verticales,
- une toiture terrasse accessible à l’ensemble des occupants du bâtiment.


G. Le principe de densification

Le quartier n’est pas construit en une fois. Au départ, les îles sont des îles vierges. Elles comportent ci et là, des zones gazonnées et des arbres, un paysage encore intouché. Les pionniers investissent cet environnement protorégulé donnant peu à peu forme au site.
Lors des premières constructions sur une île, quelques arbres sont abattus pour laisser place aux premiers bâtiments. L’île se peuple progressivement. Cette modification de la densité se fait localement sans influence sur les îles voisines. Elle s’opère avec un fort degré d’autonomie.
Peu à peu, l’espace au sol ne suffit plus
et il est impossible de s'étendre horizontalement compte tenu des limites mises en place. Il faut s’élever. Les bâtiments prennent de la hauteur. Bientôt, d’autres édifices viennent s’insérer dans ce tissu. Le territoire est pensé sans planification autre que la définition de ses limites.